L'alimentation maternelle comme facteur de risque de développer la maladie d'Alzheimer?
Publié le 01 mars 2025

Les 1000 premiers jours de vie d’un individu constituent une période clef pour le développement de l’enfant, sa santé et celle de l’adulte qu’il deviendra. De la grossesse à la toute petite enfance, le cerveau et le corps se développent à une vitesse extraordinaire, et les environnements où grandit l’enfant peuvent durablement influencer son développement et sa santé à l’âge adulte. Notamment, l’environnement nutritionnel du fœtus et du nouveau-né influence la formation des organes, qui subissent un remodelage en adéquation avec les nutriments et hormones présents. Par exemple, un environnement in utero ou un lait maternel très riche en graisse va entraîner une hypertrophie des adipocytes, qui vont alors pouvoir stocker ce surplus de gras. Une abondance de leptine maternelle (une hormone sécrétée par le tissu adipeux) peut entrainer une perturbation des connexions synaptiques dans le cerveau. Tous les organes sont susceptibles d’être touchés, et le cerveau n’est pas épargné.
Les maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson, ont pour principal facteur de risque le vieillissement. Elles se caractérisent par une détérioration des fonctions cognitives, associée à des atteintes neuronales définies (agrégation pathologique de protéines, mort cellulaire des neurones, inflammation et stress oxydatif, entre autres). Si l’âge avancé induit inexorablement des pertes neuronales et cognitives, l’environnement nutritionnel est à même de moduler, positivement ou négativement, les déficits cognitifs et le degré des atteintes cérébrales.
De la grossesse à la toute petite enfance, c’est l’alimentation maternelle qui fournit exclusivement les apports nutritionnels du fœtus et du nouveau-né (s’il est allaité). Ainsi, une alimentation maternelle délétère constitue un terrain propice au développement de différentes pathologies, et nous avons cherché à déterminer si une alimentation maternelle riche en graisse et/ou en sucre pouvait rendre la progéniture plus vulnérable aux maladies neurodégénératives.
En réalisant une revue de la littérature, nous avons mis en évidence une corrélation entre alimentation maternelle délétère et perturbations cognitives chez la progéniture (chez l’homme et dans des modèles rongeurs). Les mécanismes cellulaires et moléculaires sous-jacents étaient communs à ceux retrouvés dans les maladies neurodégénératives. Ainsi, un lien direct entre alimentation maternelle délétère et développement de mécanismes pathologiques clefs en lien avec les maladies neurodégénératives a été établi. Par ailleurs, un lien indirect se dessine à travers la prédisposition aux maladies métaboliques. En effet, les maladies métaboliques (obésité, diabète) à l’âge adulte constituent des facteurs de risque de développer des maladies neurodégénératives ; et une alimentation maternelle riche en graisse et/ou en sucre favorise l’établissement de maladies métaboliques chez la progéniture.
Mieux comprendre les impacts de l’alimentation maternelle nous permettra d’identifier des actions à mener dans cette période cruciale des 1000 premiers jours de vie afin de prévenir l’installation d’un terrain favorable au développement des maladies neurodégénératives.
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Mots-cléfs
Alimentation maternelle, maladie d’Alzheimer, programmation nutritionnelle, maladies métaboliques, microbiote intestinal.