EquiTABLE

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Résumé du projet

La transition vers une alimentation plus saine et plus responsable est un défi collectif à relever. Mais manger durable reste difficile pour les personnes en situation de précarité.

Ce projet en Sciences et Recherches Participatives est porté par des chercheurs (INRAE) et des acteurs associatifs (épicerie sociale), pour favoriser une mobilisation citoyenne inclusive, digne et socialement acceptable en faveur de la transition alimentaire. Financé par l’ANR (AAP SAPS-RA-RP2), ce projet pilote vise à créer une mobilisation citoyenne ‘avec’ et ‘pour’ les usagers d’une épicerie sociale autour de l’alimentation durable sans reproduire de démarche verticale mais en laissant les usagers s’emparer de la question de la transition alimentaire, à partir d’actions de sensibilisation à l’alimentation durable, et de modifications de l’offre alimentaire proposée en épicerie portées par la mobilisation.

In fine il s’agira d’évaluer comment cette mobilisation peut affecter le ressenti des mangeurs (légitimité, capacitation, satisfaction, littératie alimentaire) et leurs achats en épicerie sociale.

ANR

Informations complémentaires


Date de début et date de fin du projet Mai 2025- Décembre 2026

Coordinateurs du projet Sandrine MONNERY-PATRIS 

Identification ANR du projet

ANR-24-SARP-0017

anr

Contexte

EquiTABLE : Un projet en Sciences et Recherches Participatives La transition vers une alimentation plus saine et plus responsable est un défi collectif à relever. Mais manger durable reste difficile pour les personnes en situation de précarité. Ce projet en Sciences et Recherches Participatives est porté par des chercheurs (INRAE) et des acteurs associatifs (épicerie sociale), pour favoriser une mobilisation citoyenne inclusive, digne et socialement acceptable en faveur de la transition alimentaire.

Enjeux et objectifs

Selon les Objectifs de Développement Durable (ODD Objectif 12 Consommation et Production durables), « pour concilier croissance économique et développement durable, nous devons réduire d’urgence notre empreinte écologique en modifiant notre façon de produire et de consommer les biens et ressources ». Dans un objectif conjoint de santé publique et de protection de l’environnement (concept « One health »), une transition vers des régimes alimentaires plus durables est donc nécessaire (Springmann et al, 2018). Cette transition passe notamment par une augmentation de la consommation d’aliments végétaux et de bonne qualité nutritionnelle et une diminution de la consommation d’aliments d’origine animale et d’aliments de faible qualité nutritionnelle (Willett et al 2019). Cette transition a toutefois un coût notamment économique, et pourrait renforcer les inégalités socio-économiques de santé (Darmon & Drewnowski, 2015). Une étude récente a été montré que les mangeurs en insécurité alimentaire partagent des valeurs de « durabilité » même si elles sont peu conscientisées (Verdeau et Monnery-Patris, 2024). Ils valorisent notamment la santé/nutrition, la naturalité, la confiance/contrôle, mais aussi la solidarité/frugalité. Pour autant, en dépit de diverses stratégies compatibles avec une alimentation durable (ex. anti gaspillage, solidarité, frugalité, etc.), ces mangeurs se décrivent en difficulté pour adhérer à leurs valeurs dans la pratique (ex. faible consommation d'aliments frais), en raison de leur vulnérabilité socio-économique. Ils insistent sur le manque de contrôle sur leur comportement, et sur le sentiment de « non légitimité » dans le défi de la transition alimentaire. Dans ce contexte, le projet EquiTABLE ambitionne de déterminer comment accompagner les mangeurs précaires dans la réappropriation de leur alimentation dans le contexte de la transition alimentaire, tout en stimulant leur pouvoir d’agir et la mise en cohérence entre leurs valeurs et leurs pratiques. Ce projet pilote vise à créer une mobilisation citoyenne ‘avec’ et ‘pour’ les usagers d’une épicerie sociale autour de l’alimentation durable sans reproduire de démarche verticale mais en laissant les usagers s’emparer de la question de la transition alimentaire. Cette mobilisation pourra ainsi proposer des actions de sensibilisation à l’alimentation durable, mais également des modifications de l’offre alimentaire en épicerie. In fine il s’agira d’évaluer comment cette mobilisation peut affecter le ressenti des mangeurs (légitimité, capacitation, satisfaction) et la qualité nutritionnelle et environnementale de leurs achats en épicerie sociale. A terme, ce projet permettra d'identifier des leviers tangibles et étayés pour inclure tous les mangeurs dans la transition alimentaire. Méthodes : Le projet, démarré le 1er mai 2025, est prévu pour une durée de 18 mois. Le choix de la méthodologie est né d'un double constat : -en premier lieu, les actions conduites dans l'aide alimentaire pour sensibiliser à une alimentation plus saine et plus durable (ex. les ateliers de cuisine) ne mobilisent que très peu de personnes et généralement toujours les mêmes personnes déjà convaincues ; -en second lieu, les mangeurs en précarité ont des valeurs, des connaissances mais aussi des pratiques et compétences culinaires qui vont dans le sens de la durabilité alimentaire mais celles-ci ne sont pas toujours conscientisées et rarement valorisées. Mobilisation citoyenne : Fort de ce constat, pour mobiliser l'ensemble des mangeurs tout en créant les conditions de confiance et de dignité favorable à cette mobilisation, une approche Sciences et Recherches Participatives a été retenue. Elle repose sur la création d’une mobilisation citoyenne 'par' et 'pour' les usagers d'une épicerie sociale autour des questions de l’alimentation durable, pour redonner une place prépondérante à leurs valeurs, leurs ressentis, leurs pratiques. Cette mobilisation pourrait donner lieu à des actions choisies comme la venue par exemple, sur les lieux de vie (tiers-lieux) et les lieux d’achat (épicerie sociale et solidaire), d’acteurs de la transition, comme les agriculteurs Haute Valeur Environnementale, les acteurs des chantiers d'insertion en maraîchage bio locaux etc. mais aussi des artistes, des conteurs ou des cuisiniers qui valorisent la démarche de durabilité. Ces décisions seront dans tous les cas coconstruites par la mobilisation citoyenne. Parallèlement, l'offre alimentaire en épicerie sociale pourra être modifiée vers plus de durabilité (offre plus vertueuse au plan nutritionnel et environnemental) mais cette modification sera décidée et accompagnée par la mobilisation des usagers. Pour cette étude, le choix de ce cadre spécifique qu'est l'épicerie sociale est motivé par le fait qu'elle constitue un espace qui permet aux usagers d’être acteurs de leurs achats en offrant un accompagnement mais aussi des prix modestes.

Evaluation de l'impact de la mobilisation

Deux méthodologies ont été retenues.

1/ Une première évaluation qualitative, reposant sur la conduite d'entretien auprès des usagers et des personnes impliquées dans la mobilisation, mesurera l'effet de la mobilisation sur le ressenti et le pouvoir d’agir des mangeurs (en termes d’estime de soi, de capacitations, de sentiment de légitimité, et de littératie alimentaire), et permettra de comprendre les mécanismes d’appropriation de ce dispositif participatif 

2/ Une seconde évaluation quantitative analysera la qualité nutritionnelle et environnementale des achats alimentaires réalisés au sein de l'épicerie sociale, avant et après le déploiement de la mobilisation.

Ethiques et RGPD

Le protocole de l’étude EquiTABLE a reçu un avis favorable du Comité d’Ethique pour la Recherche UBE (CERUBFC-2025-05-28-036); RGPD DPD du CNRS (numéro de traitement 2-26007)

Partenaire impliqué

Le projet mobilise des acteurs du monde non académique : l’épicerie sociale EpiSourire , dont la directrice est Patricia Aguera. Une épicerie sociale et solidaire est un magasin proposant une offre alimentaire variée que les consommateurs défavorisés peuvent choisir librement et payer à un prix représentant 10 à 30 % du prix habituel, et offrant un accompagnement personnalisé et des ateliers collectifs. Ce type de structure permet de redonner une dignité à l'approvisionnement alimentaire, en rétablissant l'acte d'achat, contrairement aux dons et aux banques alimentaires (Andriessen & van der Velde, 2023). Bien que leur structure et leur fonctionnement soient très hétérogènes en France, les usagers qui peuvent recourir ce type d’aide sont adressés par un travailleur social afin de lutter contre l’insécurité alimentaire qui se définit ainsi « Ne pas avoir accès de manière régulière à des aliments sains et nutritifs en quantité suffisante ». en 2022, à Dijon Métropole, la précarité concernait 30 240 personnes (14%) et sur Dijon 19 220 personnes (15%). Concernant EpiSourire, ce sont 1 430 foyers qui ont été accueillis à EpiSourire en 2022, soit 3 732 personnes.

Episourire

Résultats attendus

Les résultats attendus sont de deux types.

En premier lieu, nous nous attendons à observer un effet favorable de la mobilisation1- sur le sentiment de légitimité, de satisfaction, d'acceptabilité et d'engagement dans la transition alimentaire des mangeurs,et 2- sur la qualité nutritionnelle et environnementale des achats réalisés en épicerie sociale dans le sens d'une alimentation plus durable. Les résultats permettront de proposer également un état des lieux des attentes, des aspirations et des pratiques des mangeurs les moins favorisés, pour favoriser la transition alimentaire vers une alimentation plus durable, état des lieux réalisés par les mangeurs eux-mêmes, et de comprendre comment la question de la transition alimentaire peut être prise en compte par les mangeurs, notamment les plus précaires, pour qu’ils se sentent légitimes et acteurs dans cette transition. Les résultats devraient permettre d'identifier des actions concrètes issues de la mobilisation citoyenne, pour ne plus apprendre des autres mais apprendre avec les autres.

En second lieu, ces actions « pilotes » créées 'par' et 'pour' les mangeurs et dont les effets auront été évalués, pourront donner lieu à des publications (académiques et non académiques) et à des livrables (livrets, « boites à outils » etc.) qui pourront être exportés et essaimés à d’autres structures sociales (maisons d’éducation populaire par exemple) mais aussi d’autres régions. L’effet transformant attendu se situe d’une part dans le regard de la société envers les mangeurs les plus démunis, qui ne doivent pas être exclus de la transition alimentaire et avoir accès à des aliments de bonne qualité, et d’autre part, dans l’empowerment de ces mangeurs trop souvent exclus, invisibilisés et/ou recevant des messages sanitaires complétement décalés ou inadaptés à leur situation, et/ou une offre alimentaire non durable, renforçant d’autant leur sentiment d’impuissance et d’exclusion.